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Artémis, symbole de la beauté et du langage, les suprêmes valeurs de la Grèce antique. Elle y est la déesse de la nature sauvage, de la chasse et des animaux, des eaux et de la végétation, de la fertilité et des accouchements. Située au carrefour des grands moments de la vie, des cultures et civilisations.

La Grande et belle Artémis, déesse du salut, guérisseuse plutôt que vengeresse mais néanmoins sacrificatrice, une mère nourricière, la mère de tous, qui règne impérieusement sur l’universelle Nature. Des mamelles de « celle de l’eau », coule le lait divin qui nourrit la vie et symbolise le dépassement de l’Œdipe, quand le désir cesse d’être soumis à l’idéal paternel.

Sœur jumelle d’Apollon qu’elle aida à naître, elle participe à son pouvoir divinatoire ; phosphóros comme lui, elle apporte la lumière ; conductrice, elle protège les périodes de transition de la vie sauvage à la vie cultivée, couvre ce qui grandit afin que les enfants poussent droit, et détourne les calamités des humains ; bruyante, elle mène sa meute à la voix et les humains qui cherchent à la rencontrer doivent sortir ; polyônymos, elle porte plusieurs noms et on la trouve en de nombreux lieux.

Artémis est « celle qui se tient au milieu » entre terre et eau, où les limites sont indécises, dans les zones fangeuses et limoneuses du palmier Phoenix, alliance de la terre, de l’eau et du sel. On vénère cette Trivia, la déesse à trois visages où les routes offrent trois possibilités. Elle habite l’eschatiai, entre territoire cultivé et espace sauvage, entre la Civilisation et la Sauvagerie, et erre dans les agros, les terres en friches, incultes et peu fréquentées. Dans ses temples au bord de l’eau jaillissaient souvent des sources vives, et les poissons lui étaient consacrés.

Si Mégabyse, le grand prêtre de son temple l’Artémision est partisan du gouvernement par les meilleurs, elle reste la déesse chérie des esclaves apte à leur conférer la souveraineté. L’exodos ou sortie est sa procession, le deus ex machina son improbable intervention qui apporte un dénouement inespéré à une situation sans issue. Elle gère les demandes d’asile, assure l’ordre à l’intérieur de l’enceinte et résiste aux pressions extérieures mais sanctionne sans pitié tout comportement représentant un retour à la vie sauvage. Elle assiste le travail de l’accouchement, permettant aux mères de devenir des citoyennes et des femmes : elle politise le fécond.

« Que toutes les montagnes soient les miennes »

Divinité arbre aux pieds racines qui s’enfoncent dans la Terre mère et dont la tunique d’œufs figure une fusion du masculin et du féminin. Son collier en forme de demi-lune comme faucille qui châtre le devenir et coupe le temps pendant que sa couronne murale symbolise les murs d’une ville fortifiée. Sa grande coiffe cylindrique appelée kalathos symbole de puissance et de fécondité. Ses bras puissants offrent protection et asile dans ce sanctuaire, ce qui lui confère sa véritable importance politique. Sur sa robe alternent abeilles et fées comme métaphores de la parole qui guérit, de l’éloquence, de l’intelligence et de la poésie. Des pieds à la tête mât, tout montre un souci d’organisation et une volonté de rassembler le plus grand nombre possible d’attributs. Quand elle est hékatèbolos, elle lance ses traits au loin ; télémakhos, elle combat de loin..

«Dans les villes, Artémis n’y descendra pas souvent»

Déesse de la castration qui nous fait parvenir à la maturité génitale, au sens de l’autre, à la diversité des choses et des êtres, c’est-à-dire au langage. Artémis où « art » désigne ce qu’il y a de plus élevé et « témis » couper, figure la coupure la plus élevée, celle qui produit le langage, la richesse, l’expansion, la division créatrice.

La prise en charge de la castration, son assomption et sa valorisation, est ce qui va nous délivrer de toute forme de soumission, nous libérant de toute inhibition en nous faisant accéder véritablement au langage, au langage de l’inconscient afin de libérer la parole. Nous deviendrons, nous serons alors sans dépendance à l’égard du sexisme des mots et des lettres, du un et du multiple. Artémis ou la pensée du devenir, celle de l’inconscient, voilà la castration du ciel, le temps a coupé le cercle de l’espace et ce traumatisme l’a rendu bleu ; cette conception du devenir que la doxa ignore, il n’y a plus de substance, ni d’idée fixe, il n’y a plus que du temps.

 

Ce qui est coupé c’est de la puissance, elle est figurée par le fil des Moires, le fil de la puissance vitale, ou, par le phallus céleste d’Ouranos, figure la puissance.

Cette crainte de la coupure, ce complexe de castration, a une fonction de resserrement qui implique le nœud. Cependant, la coupure elle-même a une fonction de nœud. Le rond est, selon les mathématiciens, le nœud trivial, le nœud premier. Ceci simplement pour illustrer que la coupure produit du trois ou du nœud. Le trou qui précède les bords, le Chaos qui précède et accompagne toutes choses jusqu’à leur fin et leur métamorphoses.

«tem» sonne comme le temps (Cronos) et prend ses origines du mot «couper» : castration, il viendrait du mot indo-européen qui par déduction expliquerait la soumission à la division universelle dans le règne d’Artémis. L’amputation mutile quand la castration produit & crée abondance et richesse, c’est la castration du langage selon Artémis, une coupure mobile entre signifiant et signifié, une décapitation du nommé, futur renommé, une castration du devenir à laquelle sont soumis les signifiants et les signifiés, les sons et les sens dans un mouvement circulaire et infini.

 

C’est la castration vivifiante du langage qui nous réconcilie avec la jouissance créatrice d’un devenir unique, le un de l’inconscient, le « U » d’Héraclite, bifurquant continuellement, sinon il ne deviendrait pas. Artémis & Apollon incarnent la jouissance de ce devenir qui les tourne vers l’avenir et à ce titre vers la santé et surtout celle de l’inconscient, socle des santés.

 

La parole de l’inconscient, le « ça parle » ou l’oracle le plus important de l’histoire grecque, celui des Pythies. La « maîtresse des bêtes sauvages », des pulsions primaires qu’on refoule, et qu’Artémis fait accéder au langage.

 

Artémis se promenait nue, car la vérité, Alètheia : « ce qui n’est pas caché », est donc nue. La vérité d’Artémis, celle du devenir est toujours sous nos yeux, la jouissance du devenir est inépuisable. Chacun en y étanchant sa soif ne fait que l’augmenter, c’est comme un trou : plus on en enlève plus il s’agrandit.

 

Si Apollon est « le conducteur du char soleil », Artémis est la déesse du devenir lunaire, « celle qui conduit les phases de la lune ».

— Qui est le plus utile demandait on autrefois, la lune ou le soleil ?

— La lune. Parce qu’elle nous oriente dans le noir de la nuit !

 

Artémis incarne une autre jouissance, celle du vide. C’est la grande différence entre la jouissance phallique et la jouissance de l’Autre, c’est la supériorité primordiale du trou sur l’objet. La jouissance matérielle de l’homme est la satisfaction d’un besoin apporté par un objet qui la comblerait et qui ferait sens. Ici, c’est le signifiant coupé, castré du signifié qui est la cause de la jouissance qui n’est donc pas un idéal de plénitude absolue mais, bien au contraire, la jouissance du devenir qui va toujours par-delà, c’est-à-dire le vide qui crée et anime les choses.

 

Si la psychanalyse promeut une sagesse, c’est bien celle du vide, celle qui nous permet de jouir de ce que nous sommes, de ce que nous avons et de ce que nous faisons sans but ni autorisation de quiconque.

 

Artémis et d’Apollon, c’est le nombre 7, Art & Thémis, c’est aussi l’art de la justice, absolue et septième dans l’inconscient car elle est en mouvement, elle est donc la plus élevée des sept conditions de la santé, elle est la vie et l’inconscient.

 

Refoulée elle s’exprime par des maladies physiques ou mentales qu’on appelle le retour du refoulé, elles disent de nous. L’inconscient est donc la justice qui réside dans l’impossibilité de le refouler, de se mentir. Sous le masque personna, ce rôle, il n’y a rien qu’un vide parfait, dynamique et insaisissable, notre ombre. Et si nous faisons narcissiquement de notre masque une absolue fonction du Moi un et permanent, place aux mauvaises surprises. Ainsi, la cure de l’inconscient, de l’Œdipe et du Narcissisme nous mène à cette condition de la santé : la justice dynamique de l’inconscient. Qui se poursuit dans « la rapidité de jugement et d’exécution » engageant la « bonne mémoire » et la « bonne humeur » concluant par le « bon appétit », le « bon sommeil » et « l’absence de fatigue ». Si le désir est le manque, la jouissance jouit de ce qu’elle est, de ce qu’elle a, et de ce qu’elle fait.

 

La prise en charge de la castration par Artémis ou la justice, la santé et l’ex-stase de l’inconscient, ce que Nietzsche appelle :

La Grande Santé.

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